Ruralité : "l'appel des territoires"
29 août 2024
À l'initiative de Rémi Branco, Vice-président (PS) du Conseil départemental du Lot, j'ai cosigné, avec de nombreux élus locaux, un "Appel des territoires" pour que la gauche n'abandonne pas les territoires ruraux à l'extrême droite et qu'elle s'engage à offrir des solutions en prise avec les réalités vécues dans l’ensemble de nos territoires. Nos campagnes sont aussi l’avenir du pays !
Voici notre tribune collective :
"Le peuple rural vote RN et la gauche regarde ailleurs ? Plus pour longtemps. Nous sommes des milliers partout en France à ne pas avoir vécu le résultat du 7 juillet comme une victoire, mais comme un avertissement. À considérer que sans prise de conscience collective, ce sursaut n’aura été qu’un sursis. Voilà pourquoi nous, élus de terrain, militants en première ligne face à la vague RN, lançons un appel pour que la gauche relève la tête et trouve le courage d’affronter cette réalité qui fait mal.
Un fossé dangereux se creuse entre une gauche dominante dans les métropoles et celle qui dans nos campagnes et zones périurbaines doit lutter pied à pied pour rattraper une colère populaire qui lui échappe. Quand certains clament dans le vide des slogans antifascistes sur les places des grandes villes, nous tentons de convaincre un à un notre voisin, notre ami, notre cousin, que ce n’est pas « Jordan » qui les sortira de leur galère. Les mêmes qui nous font confiance localement !
La différence de vécu entre nos territoires est considérable. Il est temps de nous reconnecter face à une menace qui n’est plus la même. Les 11 millions d’électeurs RN ne sont plus uniquement ceux de J-M Le Pen en 2002. Ils incarnent désormais un vote populaire pour qui la gauche n’est plus la réponse à leurs problèmes, qui pourrait même les aggraver.
Notre initiative est d’abord un appel à une prise de conscience : à qui parle la Gauche ? À des diplômés, cadres ou professions intellectuelles qui plébiscitent notre lutte pour le climat, la justice fiscale, l’égalité femmes-hommes. Aux habitants des quartiers populaires des métropoles qui connaissent notre lutte implacable contre les discriminations. Et après ? Dès que l’on quitte le monde des barres d’immeubles, des grands centres-villes et des transports en commun, nous n’incarnons plus l’alternative, mais l’élite. Une élite qui imagine un droit à la paresse quand on veut juste vivre de son travail, qui semble plus à l’aise pour manifester contre les mégabassines qu’aux côtés des agriculteurs en transition, qui parle de désarmer la police quand les violences liées au narcotrafic explosent aussi en zones rurales.
Tant qu’une partie de la gauche donnera d’elle une image aussi déconnectée, elle renforcera la détermination des électeurs RN à punir ces élites culturelles qui leur font la leçon pendant que eux bossent comme des fous sans jamais se plaindre.
Comment ne pas voir depuis les gilets jaunes que le manque de reconnaissance pour son travail est un moteur puissant de ce ressentiment ? Que cette colère populaire est d’autant plus forte dans nos campagnes où les revenus sont moindres, où le coût des déplacements et du chauffage explose ? Que derrière le recul des services publics c’est la capacité à se soigner, à vieillir dignement, à se loger, à élever seule ses enfants qui est en jeu ? Mais in fine, comment ne pas voir que c’est la Gauche qui détient dans son ADN les réponses à ces angoisses ? Qui sinon la Gauche valorise le travail face à la rente, le service public contre le chacun pour soi, l’émancipation par l’école contre l’héritage, la redistribution face à la concentration des richesses dans les mains de quelques-uns ou de quelques métropoles ?
Cet appel est un signal d’espoir pour toutes celles et ceux qui se battent sur le terrain avec le vent de face. Nos campagnes deviennent des terres de mission ? Engageons-nous ! L’agenda médiatique nous ignore ? Haussons le ton ! C’est compliqué de se faire entendre dans nos partis ? Organisons-nous !
Partageons ce que nous entendons dans nos lotos, nos vide-greniers, à la buvette des stades, dans nos associations, à la sortie de l’école, au bar-PMU, à la chasse (si si !), dans ces porte-à-porte où on se caille au creux de l’hiver !
Il n’y a plus de temps à perdre. À nous de constituer une plateforme pour donner la parole à tous les citoyens engagés dans des territoires différents y compris urbains qui souhaitent faire remonter leur vécu de terrain, partager des idées et proposer à la gauche un nouveau récit commun entre villes et campagnes.
La tâche qui nous attend est immense, mais à notre portée. Nous devons à nouveau nous adresser au peuple de la bagnole, aux prisonniers de la cuve de fioul, aux patients abandonnés, au monde agricole en déprise, aux salariés déclassés, aux artisans et commerçants dont nous avons tant besoin dans nos bourgs, à tous ceux qui espèrent et trop souvent désespèrent de nous. À nous de soutenir ceux qui créent ce lien qui fait reculer la solitude, qui innovent avec peu, pour qui l’entraide et le respect du vivant ne sont pas un effort, mais une évidence du quotidien. Si nous passons à l’offensive, si nous déplaçons notre radicalité vers ces attentes et ces forces, si nous croyons dur comme fer que nos campagnes sont aussi l’avenir du pays et que la gauche en est le porte-drapeau, alors elle incarnera à nouveau l’espoir, et plus vite qu’elle ne le croit.
C’est le combat d’une génération, de notre génération."
Signer l'appel des territoires : https://lappeldesterritoires.fr/